Laboratoire Société Environnement Territoire (SET)


ANR Devotic

Déconnexion volontaire aux Technologies de l’information et de la communication

Il s’agit d’un projet réunissant 20 chercheurs (liste) appartenant à cinq laboratoires : le SET (Pau), le MICA (Bordeaux), le LISST (Toulouse), le LCS (Paris) et le GRICO (Ottawa).

Le coordinateur est Francis Jauréguiberry, directeur du SET.

La recherche a débuté le 1° octobre 2009 et est programmée sur quatre ans.

L’ANR DEVOTIC possède un site Internet :
http://anr.devotic.univ-pau.fr

Sommaire

Résumé du projet
Abstract

Résumé du projet :

Il s’agit de rendre compte des pratiques de rupture, de résistance, de tension ou de filtre face aux effets non désirés de la connexion permanente, à la pression du « temps réel » et aux potentiels dérapages sécuritaires permis par les TIC, à la fois dans certaines catégories professionnelles et dans la vie quotidienne du plus grand nombre.
Le développement des TIC a été accompagné, ces vingt dernières années, par une opinion généralement très positive à leur égard. En dehors du secteur économique et professionnel, où elles sont devenues les outils indispensables du raccourcissement des délais, de l’accélération des rythmes et de la généralisation de la simultanéité dans un environnement de chrono compétitivité généralisée, les TIC ont rencontré un immense succès dans le grand public. Elles permettent en effet de répondre (en partie évidemment) à un désir vieux comme l’humanité, celui d’ubiquité, et à un fantasme vieux comme l’individu, celui du contact permanent avec les êtres aimés. Ubiquité, immédiateté et permanence par-delà le principe de réalité de ce monde qui sépare, éloigne et isole : les TIC ont été des outils quasi magiques pour la génération qui les a découverts. Ce nouveau monde d’interconnexion généralisée n’a toutefois de sens que si les interlocuteurs, au bout du fil et des ondes, répondent : d’où l’injonction à rester de plus en plus connecté. Une connexion synonyme d’immédiateté, de sécurité, d’ouverture et d’évasion, mais aussi d’informations non désirées, d’appels intempestifs, de surcharge de travail, de confusion entre urgence et importance, de nouvelles addictions et de contrôles non autorisés, la sécurité des uns se faisant aux dépens de la surveillance des autres.
C’est face à ces effets non désirés que de nouvelles conduites se sont développées ces toutes dernières années. Elles visent à ne pas se laisser déposséder de sa propre temporalité, de ses propres rythmes au profit d’une mise en synchronie universelle qui unirait en temps réel tous les branchés du « grand réseau » dans une sorte de compulsion totalisante. Elles réintroduisent l’épaisseur du temps de la maturation, de la réflexion et de la méditation là où le heurt de l’immédiat et de l’urgence oblige à réagir trop souvent sous le mode de l’impulsion. Dans les cas les plus extrêmes, elles peuvent conduire à une déconnexion totale, souvent à la suite d’une « surchauffe » occupationnelle et d’un « burn out ». Mais elles consistent la plupart du temps à instaurer des sas entre les réseaux de télécommunication et l’individu. L’idéal recherché est de parvenir à une maîtrise des flux télécommunicationnels qui passent par lui, c’est-à-dire de pouvoir garder ses contacts et une ouverture suffisante sans pour cela en devenir l’esclave. Cet idéal de maîtrise est particulièrement repérable dans des techniques originales de filtre : de véritables trésors d’imagination peuvent être déployés pour échapper à la « dictature de l’immédiat », à l’inflation d’informations, aux contraintes des réseaux ou au désir d’omniprésence de ses correspondants.
La recherche porte donc sur les conduites de refus non pas des technologies elles-mêmes, mais de certaines de leurs utilisations, en particulier celles qui conduisent à des excès, au branchement continu et à de l’addiction et ainsi que celles qui visent à une surveillance, à une géolocalisation et à un contrôle à distance non désirés. Si les recherches sur les non-usages ou sur le refus technologique sont nombreuses (voir état de l’art), celles portant sur les usagers très actifs des technologies de l’information et de la communication cherchant à maîtriser le flux informationnel dont ils sont l’objet par des conduites de déconnexions partielles et volontaires restent marginales. Pourtant, les recherches déjà menées par les chercheurs des équipes participantes à ce projet ont montré que ces conduites sont en voie de développement et la presse s’en fait désormais régulièrement écho. Il s’agira donc, en un premier temps, de systématiquement recenser ces conduites et de les évaluer afin, en un second temps, d’en dégager, au-delà de leurs diversités, les lignes de force et les logiques. Le but de ce projet est en définitive de dégager une connaissance active des conduites visant à une meilleure maîtrise des flux de communication afin d’éviter les écueils auxquels pourrait conduire une connexion permanente incontrôlée.

Abstract :

This paper attempts to account for the practices of rupture, resistance, tension or filtering with regard to the unwanted effects of permanent connection, to the pressure of living in “real time” and to the potential threat to security introduced by information and communication technologies, both for certain professional groups and for the general public. Over the last twenty years, the development of information and communication technologies has generally been welcomed. Apart from economic and professional uses, in which these technologies have become essential tools to meet ever-shorter deadlines and to cope with the accelerating pace of life and the generalisation of simultaneous activities in a context of widespread “chrono-competition”, ICTs have been immensely successful in much wider use. They respond, at least in part, to a desire which is as old as humanity itself, which is to be everywhere at once, and an impossible dream, which is to be constantly in touch with one’s loved ones. Ubiquity and immediate and permanent access, flying in the face of the realities of life which separate, distance and isolate: ICTs have been almost magical tools for the generation which created them. However this brave new world of generalized interconnection only makes sense if the people on the other end of the line or the radio waves are there to answer: hence the pressure to be increasingly connected. And this connection is synonymous not only with immediate access, safety, communication and escape but also with unwanted information and calls, overwork, confusion between what is urgent and what is important, new addictions and unauthorized forms of control, in which security is produced for some at the expense of surveillance for others. To cope with these unwanted effects, new behaviours have developed over the last few years, to help preserve the individual’s own time frame and pace of life from the universal synchronization which is claiming to unite all the networkers of the world in real time in a kind of totalizing compulsion. These new behaviours are attempting to reintroduce a fuller sense of time, the time of maturity, thought and meditation, in a society where the immediate and the urgent collide, forcing the individual too often to react impulsively. In the most extreme cases they can lead to total disconnection, often after work overload and “burnout”. But most of the time they manifest themselves in the form of a “gate” between the network and the individual. The ideal goal is to be able to control the flows of data coming through this gate so as to keep in touch without becoming a slave. This ideal of control is in particular reflected in new methods of filtering: extraordinarily imaginative techniques may be deployed to escape the “dictatorship of the immediate”, the inflation of information, the constraints of the network or the pressure exerted by others to be constantly online. So people strive to refuse not the technologies themselves but some of the ways in which they are used, in particular those which lead to excesses, continuous connection and network-addiction as well as those which generate unwanted surveillance, geolocation and remote control. Although the theme of non-use or refusal has been extensively studied, the subject of very active users of information and communication technologies attempting to control the flow of data to which they are subjected through behaviours of partial, voluntary disconnection has remained relatively unexplored. And yet research conducted by contributors to this project has shown that these behaviours are changing and the press regularly comments on them. So the first goal will be to draw up an exhaustive catalogue of these behaviours and assess them, and then to tease out, beyond their diversity, their common features and shared logics. The aim of this project is ultimately to acquire an active knowledge of behaviours designed to achieve a better control of communication flows to avoid the drawbacks of permanent uncontrolled connection.