Laboratoire Société Environnement Territoire (SET)


Le projet agricole urbain comme révélateur des nouveaux liens ville-campagne : exemple de l’agglomération paloise

Durée du projet : 2010-2013
Financement : Agglomération de Pau (PPP).
Responsable du projet : Hélène Douence (helene.douence@univ-pau.fr)

Membres du SET impliqués :

Hélène DOUENCE (Maître de Conférences UPPA)
Danièle LAPLACE-TREYTURE (Maître de Conférences UPPA)
Frédéric TESSON (Maître de Conférences UPPA)
Xavier ARNAULD DE SARTRE (Chargé de Recherche CNRS)
Gaëlle DELETRAZ (Ingénieur d’Etude UPPA)
Pierre-Yves Heurtier (Ingénieur d'Etude CNRS)

Sommaire

 La problématique générale du fait agricole urbain et de la recomposition des liens villes/campagne

La fonction productive de l’agriculture cohabite aujourd’hui avec des fonctions de préservation du cadre de vie, de protection de l’environnement et de cohésion sociale selon une perspective de multifonctionnalité des espaces et des activités agricoles. L’agriculture se positionne ainsi à l’interface d’enjeux globaux (sécurité alimentaire, réchauffement climatique, biodiversité, concurrence entre production alimentaire et énergétique,…) et locaux (approvisionnement, circuits courts, gestion des risques, gestion des paysages,…) Et ces enjeux traduisent la montée de différentes figures de la campagne (productif, résidentiel, récréatif et naturel), ce qui inclut à la fois des fonctions économiques et sociales de l’espace rural auxquelles correspondent les usages mais aussi des conceptions et les constructions sociales de la campagne associées à des valeurs ou des projets ; « ces figures sont le produit du regard et de l’action de l’ensemble de la société sur cette catégorie d’espace.» (P. Perrier-Cornet, 2002).

On observe ainsi aujourd’hui l’émergence de nouvelles formes d’agriculture au sein de régions urbaines et périurbaines, ce qui est révélateur de changements sociétaux forts et ce qui n’est pas sans conséquences en termes de restructuration et de gouvernance territoriale. La valorisation des ressources agricoles dans ces dynamiques de projets urbains se traduit par des stratégies souvent divergentes manifestant la complexité du processus :
        les transformations des espaces et de leur paysage,
        la multiplicité des usages (résidentiels, récréatifs, productifs…)
        les vécus et les représentations des acteurs
        leur rapport à la nature et les enjeux écologiques
        les modes de développement et de gouvernance
Interroger le fait agricole dans ces territoires et son devenir à moyen et long terme nécessite de saisir des dynamiques complexes et des enjeux parfois antagonistes.
 

 Les enjeux à l’échelle d’une ville moyenne : le cas de l’agglomération paloise 

Ce projet de recherche part d’un constat : la montée en puissance des circuits courts, notamment des AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), dans la région paloise. Cette forme de partenariat de proximité entre producteurs et consommateurs est apparue en Béarn en 2004 et connait aujourd’hui une expansion sans précédant. Elle a déjà fait l’objet d’une étude menée dans le cadre d’une convention de partenariat qui vient d’être signée entre le CIVAM (relais AMAP Béarn) et l’UPPA (H. Douence, Laboratoire SET). Ce système de vente directe entre producteurs et consommateurs s’intègre dans un phénomène plus large auquel les collectivités territoriales commencent à s’intéresser par le biais des systèmes alimentaires locaux.
En effet, la Communauté d’Agglomération de Pau engage actuellement une réflexion pour l’élaboration d’un Agenda 21 qui a déjà décidé de ne pas faire l’impasse sur ces questions agricoles et alimentaires. Par ailleurs, la mise en œuvre du Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT) à l’échelle du Pays du Grand Pau intègre dans ses préoccupations d’urbanisme, les problèmes de l’étalement urbain et de la concurrence entre terrains à bâtir et terres fertiles, et au-delà les mutations de ces paysages et de son cadre de vie à moyen et long terme. Dans cette même dynamique, et outre les AMAP déjà évoquées, une multitude de projets intégrant ces questions agricoles émergent et se structurent (Couveuse agricole, Parcelles solidaires, Ferme du goût, etc…) au sein du territoire urbain.
 
La diversité de ces projets à dimension agricole, mais s’insérant dans un tissu urbain, nous incite à proposer comme terrain d’application l’agglomération paloise,dans une acception volontairement large des frontières de la « ville », en s’interrogeant sur ces dynamiques émergentes. Peut-on y lire les spécificités d’une ville moyenne ? Notre projet souhaite s’intéresser spécifiquement à la question de l’introduction de l’agriculture en ville comme révélatrice d’un nouveau rapport à la ruralité et à la nature avec, comme enjeu fort, la redéfinition d’un modèle d’urbanité. Pau peut-elle « redevenir une ville écologique » ? À l’instar des territoires métropolitains actuels, l’agglomération paloise se tourne et « s’étale » vers sa périphérie. Mais elle fait aussi « entrer » la campagne dans la ville, par des projets et des démarches novatrices et inventives.
 
Inscrit au cœur de ces nouveaux rapports villes/campagnes, le fait alimentaire local permet alors d’interroger la question des proximités, tant sociales que spatiales. Comment interpréter cette volonté d’un « retour au local », vers un « local choisi » ? Ces nouvelles formes d’investissement du local s’inscrivent pleinement dans un monde globalisé.
Une identification des expériences paloises (AMAP, marchés, salon Asphodèle, journée de Ferme en Ferme, jardins familiaux, la Ferme du goût, les ruches urbaines, les parcelles solidaires, les cueillettes,…) doit permettre de s’interroger tant sur la diversité de ces lieux que sur la nature des liens sociaux ainsi révélés. Fortement orientées vers une vocation sociale (convivialité, mixité sociale, sensibilisation à l’environnement ou à la santé…), ces expériences de production agricole interpellent sur les attentes des individus : des enquêtes menées auprès des usagers de ces lieux permettront alors de mieux cerner les motivations de chacun. La question de la proximité est ici interrogée au travers des itinéraires et des préoccupations de chacun de ces acteurs dans leur insertion à un territoire de vie. Que recherchent-ils dans ces expériences ? Quelle est la nature des sociabilités ainsi révélées ? Il s’agit de révéler ici les enjeux de cette proximité souhaitée.
La lecture de ces expériences des lieux au regard des évolutions des rapports ville/campagne pourra être approfondie au travers de deux approches complémentaires.
D’une part, une réflexion visera à resituer cette ville-maraîchère par rapport à des figures plus anciennes du « vert urbain », notamment de la « ville-jardin » dans ses formes classiques : parcs, jardins, coulées vertes, promenades, etc. Pour une meilleure compréhension des phénomènes et enjeux actuels, une mise en perspective historique (partant du début du XXe siècle) est également envisagée. Entretiens et analyses de différents corpus (écrits municipaux, blogs et sites internet, littérature grise, presse locale, etc…) permettront de confronter les valeurs de la ville planifiée et gérée par les acteurs aux valeurs de la ville vécue par les citadins. Deux questionnements serviront de fil conducteur à l’analyse : En quoi la ville-maraîchère en construction projette-t-elle une nouvelle image de la nature en ville ? Quelle figure du citadin peut émerger de cette nouvelle possibilité de confrontation et de rapport à la nature ?
D’autre part, une autre dimension portera sur l’implication des collectivités territoriales dans le développement et l’organisation de cette agriculture de proximité et dont les outils de planification en sont un révélateur. La maîtrise du foncier afin de préserver les terres agricoles fertiles en zones urbaines et périurbaines est un thème largement pris en considération (étude CIVAM/CDAPP/PGP 2007) mais les enjeux dépassent cette perspective de gestion de la ressource foncière. La perspective transversale que propose la réflexion paysagère permet aussi d’attirer l’attention sur l’importance de l’espace agricole comme composante du vécu paysager des habitants de ces périphéries et l’attention qu’il était nécessaire de leur accorder dans les outils de planification en cours d’élaboration (SCOT, Agenda 21,…) ou de révision (PLU). A ce titre, la recherche post-doctorale menée sur les paysages ordinaires de la commune d’Artigueloutan (Eva Bigando et Frédéric Tesson, SET, 2007) a été particulièrement éclairante. La mise en chantier de ces documents de planification territoriale dans les années à venir est un enjeu fondamental de la sauvegarde de l’agriculture périurbaine et impose une réflexion en amont pour intégrer au mieux cette donnée. De nouvelles procédures de gouvernance sont sans doute nécessaires pour aborder ce problème, y compris l’organisation d’une réelle prise en compte de la parole habitante. Il s’agira ici d’aller observer des expériences novatrices ailleurs susceptible de venir éclairer la lecture des documents existants sur l’agglomération. Cet éclairage extérieur pourra alors nourrir la réflexion locale sur ces nouveaux outils.