Laboratoire Société Environnement Territoire (SET)


AXE 2 - ATTRACTIVITE ET FABRICATION DES TERRITOIRES

Frédéric Tesson Vincent Vlès Olivier Bessy

Responsables : Frédéric Tesson et Vincent Vlès, remplacé par Olivier Bessy en 2014.

Plan :

ACTION 1.  STATIONS EN TENSION

ACTION 2. TERRITOIRES ET PRATIQUES DE TOURISME ET DE LOISIRS DURABLES

ACTION 3. LA FABRIQUE DES TERRITOIRES INSTITUTIONNELS ET LEUR GOUVERNANCE

 

ACTION 1.  STATIONS EN TENSION

Chercheurs : Sylvie Clarimont, Vincent Vlès

Ingénieurs : Gaëlle Delétraz, Nicole Lompré

Doctorants et post-doctorants : Tamila Abdullaeva, Cédric Barthes, Ludovic Falaix, Emeline Hatt, Sebei Mohsen, Jérémy Dagnies

Collaborations : UMR PACTE Territoires (Grenoble) ; UMR5044 – CERTOP (Centre d’Etude et de Recherche Travail Organisation Pouvoir) : pôle TAS (tourisme) Toulouse.

Partenariats : GRETTE (Université de Saragosse, Escuela Universitaria de Estudios Empresariales de Huesca) ; Cemagref (EPST), Unité de recherche Développement des territoires montagnards, Grenoble

Contrats : Requalifications des stations touristiques de montagne (CG 64) et du littoral (CG 40)

Le rôle du tourisme et des pratiques récréatives est particulièrement mis en avant par de nombreux scientifiques, par les acteurs territoriaux (élus, habitants et investisseurs) et plus particulièrement par les décideurs locaux qui associent volontiers la question de l’attractivité des stations avec celles de leur compétitivité touristique : plus un territoire est compétitif plus il serait attractif. Ceci s’appliquerait particulièrement aux régions à forte attractivité touristique, au tropisme des stations littorales, par exemple, qui exercent une nouvelle forme de contre-croissance au détriment des métropoles. Mais les avis divergent quant au sens que ces territoires prennent par rapport à l’action de la mondialisation. Pour certains chercheurs, la mondialisation, plutôt que de rendre les territoires touristiques neutres, aurait tendance à valoriser à nouveau le cadre local. Pour d’autres, le tourisme, secteur-clé de croissance pour le capitalisme de production culturelle et de loisirs, aurait tendance au contraire à banaliser et à coloniser les espaces sociaux et les territoires locaux, les stations, à les enfermer dans des processus d’aménagement reproductifs et mimétiques, gommant les différences et accentuant leur neutralité. De notre point de vue, les nouvelles résidentialités et des pratiques récentes, liées à des mobilités recomposées, au sentiment d’incertitude et de crise qui pèse sur le tourisme, remettent fondamentalement en question quarante ans de construction de territoires d’accueil (les « stations ») sur le littoral de l’Europe du Sud et en stations de sports d’hiver.

Dans le cadre de cette posture scientifique partagée, on émet l’hypothèse selon laquelle les stations, dont l’aménagement et le système de production sont, pour la plupart, hérités du contexte des Trente Glorieuses, tentent de résister à la crise du tourisme qui les touche particulièrement en s’appropriant un certain nombre de discours actuels afin de maintenir leur attractivité. En effet, ces villes « nouvelles » créées répondaient aux impératifs du fordisme et furent construites sur la base d’une rationalité fonctionnaliste. Aujourd’hui, cette donne est partiellement remise en question : de « fordiste », le modèle de développement s’affiche (brusquement) « durable ». On examinera, au cours du prochain projet quadriennal, les formes de l’appropriation de ce discours par les stations, leurs traductions dans leurs réalisations. Entre résilience du modèle fordiste et renouveau des pratiques, quelle est la place du développement durable dans les stratégies de développement des stations ? Comment conçoivent-elles dorénavant le développement durable : s’agit-il d’un simple « greenwashing » ou d’une réelle évolution dans les modèles de développement ? Comment les pratiques de durabilité peuvent-elles être analysées ? Avec quels systèmes d’acteurs sous-jacents ? Pour quel impact ? La prise en compte du développement durable dans les stations favorise-t-elle des processus mimétiques d’aménagement ou, au contraire, la multiplication d’expériences innovantes permettant à la station de se distinguer ? Dans cette dialectique imitation / distinction, quelle est la place des transferts d’expérience ? Quel est le rôle du chercheur : observateur, découvreur, médiateur ?

Dans ce processus de repositionnement des stations, l’aménagement des espaces de pratiques ludiques et de consommation, leur thématisation notamment autour du rêve et des désirs, déjà analysés au cours du programme quadriennal précédent, nécessitent qu’on accorde une large part de la recherche au rôle de la composante esthétique, visible de ces espaces. Comment les stations créent-elles et gèrent-elles leur domaine public en vue d’améliorer l’attractivité locale ? Ce travail empirique de recherche, outre qu’il apporte des éléments sur les catégories structurantes des représentations, permet également de mieux comprendre ce qui localement fonde l’adhésion ou le rejet de la station et favorise l’émergence d’hypothèses de potentiels identitaires, du point de vue des habitants et des visiteurs. L’injonction actuelle du développement durable, la concurrence accrue des destinations ou encore l’évolution de la demande sont autant de facteurs qui joueront sur la reconfiguration des territoires et notamment des territoires touristiques. Il s’agit d’en déterminer les formes et l’importance.

 

 

ACTION 2. TERRITOIRES ET PRATIQUES DE TOURISME ET DE LOISIRS DURABLES

 

Chercheurs : Olivier Bessy, Didier Theiller, Christel Barde

Ingénieurs : Gaëlle Delétraz, Nicole Lompré

Doctorants et post-doctorants : Ludovic Falaix

Devenus aujourd’hui de véritables faits de société, les pratiques de loisirs et de tourisme sportifs fournissent des indicateurs particulièrement pertinents des changements sociaux locaux et laissent une empreinte de plus en plus prononcée sur les territoires. Dès lors, on peut se demander comment les offres innovantes en matière de loisirs et de tourisme sportifs, notamment celles qui intègrent les principes du développement durable, contribuent à la construction et à l’attractivité des territoires. Nous aborderons cette question selon plusieurs points de vue.

Nous travaillerons tout d’abord sur l’aménagement d’équipements événementiels ou sportifs innovants afin de questionner la durabilité et d’en analyser les conséquences. Une application portera ainsi sur un équipement sportif urbain de niveau international récemment mis en service par une communauté d’agglomération et particulièrement innovant (le Stade d’Eaux Vives de Pau-Pyrénées). L’idée est d’éclairer ses multiples enjeux centrés sur le développement durable et d’analyser ses effets attractifs pour l’agglomération de Pau-Pyrénées. Plus largement, on étudiera comment des innovations événementielles en milieu urbain ou naturel (éco-événements par exemple) peuvent contribuer, en dépit ou à cause de leur caractère éphémère, à la dynamique d’un territoire et de ce fait renforcer son attractivité en répondant à des enjeux économiques, socioculturels et environnementaux.

D’autres recherches sont prévues en lien avec l’action précédente sur les projets de restructuration et de mise en durabilité de l’offre en loisirs des stations de ski et des stations balnéaires, dans la perspective de mieux s’adapter à une demande de loisirs plurielle et écologique, et ainsi de contribuer à une plus grande attractivité des territoires concernés. De même, les innovations réalisées en matière de mode alternatif de séjours visent à répondre à une nouvelle demande de mobilité, à la fois plus importante et différente de celle d’hier.Les formules classiques, comme la résidence secondaire ou le camping, censées répondre de façon segmentée à une aspiration identique, font place à d'autres modes de vacances, comme le camping car, plus à même de répondre en durée voire en durabilité aux besoins des individus et des territoires (pas de privatisation pérenne des espaces au profit de quelques privilégiés et pas d'aménagement lourd). Quels sont les enjeux identitaires de ces nouvelles pratiques ? Comment les stations, aménagées selon d’autres logiques, peuvent-elles s’y adapter ?

Enfin, une recherche en matière de marketing territorial envisagera les limites du tourisme de niche notamment le rôle des pratiques de loisir et de tourisme scientifique et culturel ou sportif en matière d’attractivité des espaces sous trois angles : 1 – celui des effets pervers de la mise en compétition systématique des territoires qui engendre des absences de coopération voire des conflits d’intérêts entre acteurs qui finissent par être préjudiciables aux pratiques et aux principes du développement durable ; 2 – la difficulté à prendre en compte l'hétérogénéité de la demande en fonction des différences d’interprétation des territoires liées à des représentations, des imaginaires et des rapports aux espaces propres à chacun qui peut conduire à l'exclusion sous couvert de « bonnes pratiques » ; 3 – la maîtrise des processus de mise en valeur qui, en provoquant dans certains cas de la surfréquentation, nuisent directement à l’attractivité.

 

ACTION 3. LA FABRIQUE DES TERRITOIRES INSTITUTIONNELS ET LEUR GOUVERNANCE

Chercheurs : Frédéric Tesson, Olivier Bessy, Sylvie Clarimont, Didier Theiller, Hélène Douence, Christel Barde, Vincent Vlès

 

Ingénieurs : Gaëlle Delétraz, Nicole Lompré

Collaborations : UMR 5194 PACTE Territoires (Universités UPMF, UJF, Sciences Po Grenoble), Université de Bordeaux 3

Partenariats : programme quadriennal 2011-2014 de la Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine : « anciennes et nouvelles formes de la construction territoriales » (V. Vlès, dir) : Cemagref (EPST): Unité de recherche Développement des territoires montagnards, Grenoble; CREPPEM, Centre de recherche économique sur les politiques publiques dans une économie de marché (Université Pierre Mendès-France, Grenoble), UMR 5194 PACTE Territoires (Universités UPMF, UJF, Sciences Po Grenoble), UMR 5185 ADES (Université de Bordeaux 3)

Contrats : Contrat Région Aquitaine/ISVV « Développement Durable de la filière et des territoires viticoles » (2007-2011)

La compétition des territoires est devenue une norme qui positionne chaque territoire dans un marché mondial pour l’attractivité, pour les entreprises mais aussi, et surtout aujourd’hui, pour les touristes, les cadres, les retraités voire les actifs dans les logiques périurbaines de migrations pendulaires, de loisirs et/ou de télétravail. Paradoxalement, cette quête généralisée d’attractivité s’appuie sur la durabilité et passe par la construction territoriale alors même qu’on aurait pu l’imaginer plutôt associée à une forme de déterritorialisation et à la figure du réseau. Territoire/Pays dans les espaces à signification culturelle même virtuelle, Territoire/EPCI pour construire des agglomérations ou des entités rurales en quête de cohérence et d’efficacité, Territoire/institution en quête permanente d’une légitimité fragilisée (département) ou d’une reconnaissance (Région, Europe), le territoire se réinvente un défi à sa mesure, celui d’être attractif, de signifier pour l’extérieur tout autant que d’identifier pour l’intérieur. Les mécanismes complexes incarnés par la multitude d’outils à vocation territorialisante, les jeux de gouvernance multiples, le brouillage des discours et les adaptations permanentes permettant aux territoires « déjà là » de perdurer, affichant une résilience particulièrement marquée, se mêlent à des processus innovants qui laissent entrevoir un apprentissage territorial à l’œuvre. Deux dimensions apparaissent donc ici : la première vise à aborder la pérennisation des approches territorialisantes et des territoires hérités, la seconde cherche à faire émerger de nouvelles pratiques, de nouvelles approches, propres à insuffler de nouveaux mode de faire et de dire le territoire. Trois types de recherche sont prévus.

Le premier, inscrit dans la continuité du précédent quadriennal et portant sur la résilience des systèmes territoriaux hérités, cherchera à comprendre les modes de résistance de ces systèmes territoriaux. Le département et le canton, particulièrement ciblés par les intentions de simplification du millefeuille territorial dont on peut envisager une accélération, mais aussi les EPCI et les « pays », dont les mécanismes de création relèvent de la même logique et qui devraient connaître des mutations dans les prochaines années, sont des objets sur lesquels s’exercera une veille scientifique. Ce regard s’élargit également à la comparaison internationale par le biais des coopérations mises en place et renforcées avec l’Espagne dans une dimension essentiellement transfrontalière.

Cette résilience des systèmes territoriaux hérités n’exclut pas des modes de gouvernance innovants, que ces derniers relèvent d’une logique territoriale ou laissent entrevoir d’autres dimensions novatrices. Ces innovations se révèlent dans les configurations territoriales nouvelles mais aussi dans les objets innovants ou dans les événements autour des pratiques touristiques, de loisirs et sportives. En effet, la complexité des relations entre les loisirs et le tourisme et les territoires liés à l’apparition de nouvelles configurations territoriales (Loi Voynet, 1999), mais aussi à l’éclatement des acteurs locaux, nécessite la mise en place par ces derniers de nouveaux modes de gouvernance. Or, les acteurs locaux ont davantage développé des processus de territorialisation de leurs interventions que cherché à mettre en place une nouvelle gouvernance fondée sur la construction de dispositifs de concertation et la participation de chaque échelon à un projet de territoire collectivement partagé. Une « gouvernance verticale » en cohérence avec elle-même est ainsi favorisée au détriment d’une « gouvernance horizontale » favorisant les synergies entre acteurs et prenant en compte les spécificités des autres collectivités agissant sur le même territoire. Dans ce contexte, l’objectif est de repérer à travers les conflits et les projets existants les modes de gouvernance innovants élaborés par les acteurs en place sur des territoires touristiques.

Le paysage fait aujourd’hui irruption dans toutes les formes du discours territorial, ce qui n’est pas sans générer ambiguïté et confusion lorsqu’il s’agit de le préserver, de l’aménager ou de le conserver mais aussi de valoriser le cadre de vie des habitants, de promouvoir des sensibilités esthétiques au paysage, de mesurer le dépaysement du voyageur. En analysant le paysage comme un objet d’action politique, nous chercherons à montrer comment la demande croissante de paysage de nos contemporains peut être entendue comme un changement fondamental de notre rapport à l’environnement : de créée non intentionnellement, il devient un objectif des politiques publiques. Intégré dans des démarches « de projet » de territoires aux échelles d’intervention qui ont du sens, le paysage est une des clefs de construction des projets d’intercommunalité à la française. Le « chantier paysager » est alors un sujet qui s’impose progressivement (dans l’ombre mais en parallèle des préoccupations environnementales) pour parler de territoire et de territorialité. Il a intégré une grande majorité des règlements d’urbanisme et d’aménagement (PLU, SCOT, ZPPAUP, Chartes de territoire) et il est souvent présenté comme un excellent sujet de débat participatif, base de définition d’un bien commun local.

Le dernier programme de recherche de cette action analysera un nouveau registre de discours territorial : celui des labels et des mises en scènes paysagères qui y sont associées. Afin de profiter de valorisation des espaces ruraux que la recherche de nature et d’authenticité contemporaine produit, certains espaces utilisent leur agriculture pour se labelliser. Les aires d’appellation deviennent par les pratiques, les images et les discours qui s’y rattachent, des espaces agro-touristiques et rurbains. Ces démarches, initialement portées par le monde agricole, sont aujourd’hui investies par l’ensemble des politiques de développement local (Projets collectifs de développement, Pays, Pôles touristiques de montagne…), portées par les élus locaux mais aussi par la société civile dans le cadre des nouvelles structures de gouvernance. Sur cette base, nous chercherons à comprendre comment une démarche de labellisation construit un territoire dans ses dimensions géo-agronomiques, politiques, identitaires, paysagères, comment la dimension paysagère est convoquée pour valoriser des territoires, comment on l’intègre aux pratiques de mises en scène et quels sont les discours qui accompagnent ces processus.