Laboratoire Société Environnement Territoire (SET)


AXE 3 - MODERNITE PLURIELLE ET EXPERIENCES DES LIEUX

Xavier Arnauld de Sartre Vincent Berdoulay

Responsables : X. Arnauld de Sartre et V. Berdoulay

Plan :

ACTION 1 : LES FIGURES DU SUJET GÉOGRAPHIQUE

ACTION 2 : HYPERMODERNITÉ, TECHNOLOGIES DE LA COMMUNICATION ET INSCRIPTION SPATIALE

ACTION 3 : IMAGINAIRES, ESPACES PUBLICS ET VALEURS PATRIMONIALES

ACTION 4 : DÉVELOPPEMENT DURABLE, GOUVERNANCE ENVIRONNEMENTALE ET SUJET

ACTION 1 : LES FIGURES DU SUJET GÉOGRAPHIQUE

Chercheurs principaux : X. Arnauld de Sartre, D. Laplace, V. Berdoulay, B. Duperrein, N. Lompré, X. Piolle

Doctorants : T. Fort-Jacques, L. Dupuy, I. Comat

Collaborations  nationales et internationales : Départements de géographie de UCLA (Los Angeles, USA), UFRJ (Rio, Brésil), U. Ottawa (Canada) et U. Milan-Biccoca (Italie) ; Commission Approche culturelle de la Géographie (Union Géographique Internationale) dont V. Berdoulay est membre du Comité de pilotage.

Cette action se situe dans la continuité d’un chantier lancé lors du quadriennal précédent. Elle abordait de front la question du sujet comme un point nodal de la reconstruction des sciences humaines contemporaines. Les séminaires de travail organisés depuis 2007 ont tout particulièrement montré l’intérêt d’accorder une place plus importante pour l’individu-sujet en géographie et nous ont encouragé à approfondir la portée d’une telle orientation, originale dans le contexte de la recherche internationale actuelle.

Thème 1 : Enjeux épistémologiques

Dans le prolongement des séminaires de travail organisés par l’équipe, la publication d’un ouvrage collectif est prévue afin de faire le point sur la diversité des défis théoriques, méthodologiques et empiriques qu’engage la valorisation du sujet dans la démarche géographique. En rapport avec cet objectif et parallèlement à sa réalisation, deux questionnements à dominante épistémologique seront approfondis. Le premier consiste à réinterroger l’histoire de la géographie à la lumière de la place qui y a été accordée dans la construction de la discipline (cf. le possibilisme néo-kantien de Vidal de la Blache, le primat de l’individu chez E. Reclus, etc.). Cela permettra de mieux articuler l’intérêt actuel explicite pour le sujet et son intégration au sein de l’approche géographique. Le second questionnement, tirant parti des travaux précédents de l’équipe sur la dimension discursive des lieux, portera les liens entre l’intérêt pour le sujet et les enjeux et problématiques de l’écriture en géographie. Les pratiques d’écriture du sujet-géographe seront ainsi étudiées : quelles stratégies énonciatives peuvent permettre de dire la multivocalité des lieux ? Comment passer du terrain au texte ? Comment, en somme, incorporer l’expérience du géographe, notamment son «être au terrain » ? En quoi les genres (régional ou autre) conditionnent-ils la présence du sujet ? De plus, nous nous interrogerons sur les rapports entre texte et iconographie.

Thème 2 : Le rapport au lieu de l’individu-sujet

À la croisée des manières de dire se présentent les manières de vivre. L’objectif de la recherche n’est pas ici de faire une typologie d’individus-sujets – ce que précisément notre approche cherche à éviter – mais c’est plutôt de voir comment, à l’aide d’exemples concrets, se négocie par le sujet son rapport au lieu. La dimension discursive de ce rapport demeurera essentielle dans notre approche. Pour l’instant, plusieurs « cas de figure » sont envisagés en fonction de nos recherches préliminaires. Ainsi, nous nous pencherons sur l’individu-sujet tel qu’abordé dans les guides touristiques anciens et récents. Dans le contexte d’un renouvellement des pratiques touristiques et d’une demande en faveur d’une approche polysensorielle des lieux, comment les guides envisagent-ils les figures du touriste et du voyageur et viennent-ils questionner ces catégories d’analyse? D’autres exemples permettront aussi d’aborder les liens entre manières de dire et manières de faire : les pyrénéistes, qui pensent être suffisamment différents des autres pratiquants de l'alpinisme pour constituer un groupe à part entière, fondé sur des lectures communes et des manières de dire et de construire leur rapport à la montagne; les inspecteurs de police dans les romans policiers, qui montrent les modalités de construction d’un rapport à la ville. Enfin, moins lies à l’écriture, mais toujours dépendants du dire, d’autres exemples seront analysés : la construction d’un espace commun par personne en mouvement (comme dans les transports publics) ; la difficulté des personnes âgées à se reconstruire lors du changement de leur milieu de vie ; le problème de l’accessibilité pour les personés handicapées ; les ambigüités des mouvements de reconnaissance culturelle.

ACTION 2 : HYPERMODERNITÉ, TECHNOLOGIES DE LA COMMUNICATION ET INSCRIPTION SPATIALE

Chercheurs principaux : F. Jauréguiberry, J.-B. Maudet, N. Lompré, un post-doctorant à recruter.

Doctorants : S. Coillard, T. Venin.

Collaborations  nationales : Laboratoire Interdisciplinaire, Solidarités, Sociétés, Territoires (UMR 5193 de Toulouse 2), Laboratoire de Changement Social (EA 2375 de Paris 7), Centre d’Etude des Médias, de l’Information et de la Communication (EA 4200 de Bordeaux 3), Laboratoire Sense d’Orange Labs (Paris), Ecole nationale supérieure des télécoms (Paris), Institut des Sciences de la Communication (Paris), Fondation Internet nouvelle génération (Paris), Fondation Maison des Sciences de l’Homme (Paris). 

Collaborations  internationales : Groupe de Recherche sur les Usages et Cultures Médiatiques (Université du Québec à Montréal), Groupe de Recherche Interdisciplinaire en Communication Organisationnelle (Université d’Ottawa, Canada), Groupe de recherche interdisciplinaire en communication et internet (Université de Namur, Belgique), Center for Information Technology and Society (Université de Californie à Santa Barbara, USA), Centro de Estudios Sociologicos (Université du Pays Basque à Bilbao, Espagne).

Thème 1 : Ubiquité médiatique et inscription spatiale

La généralisation des outils de télécommunication s’est soldée, à partir du début des années 1990, par une brusque inflation d’études prospectives destinées à cerner en quoi et comment cette possibilité de quasi-ubiquité (être ici physiquement et là médiatiquement) allait agir sur les modalités de production de nos sociétés. Presque toutes ces études ont alors prédit le remplacement des inscriptions spatiales du lien social par une télésocialité non-spatialement définie. Les identifications établies à partir d’un espace physique de référence devaient disparaître au profit d’échanges médiatiques noués autour de thèmes agglutinants, les individus zappant de lieux et de réseaux selon leurs centres d’intérêt changeants. Or, vingt ans plus tard, qu’observe-t-on parmi ceux qui sont désormais au plus proche de la situation d’ubiquité alors imaginée ? Un surprenant appel à ce qui semblait précisément voué à une disparition : la proximité physique, le local et l’ancrage territorial. Par ses études sur les usages des technologies de communication lors des deux précédents quadriennaux, le SET a été pionnier dans le repérage de ce phénomène : ces technologies sont à la fois des outils de la mondialisation et des outils de la relocalisation. Mais cette dernière se fait sous des formes inédites : par exemple comme mode d’information qu’un membre de sa liste de connaissances fréquente au même moment le même quartier (Twitter), comme mode de connaissance de voisins jusqu’alors inconnus (Peuplades), comme outil de géolocalisation d’activités et de services ou encore, parmi les exilés, comme formes de maintenance de liens quotidiens à un territoire éloigné. Nous nous proposons d’approfondir l’étude de ce nouveau rapport à l’espace dans lequel l’inscription physique est de plus en plus organisée par le biais des technologies de communication. Très concrètement, nous sommes en train de préparer un contrat de collaboration avec la société AT Internet (plus connue sous son sigle Xiti, leader français de la mesure des flux sur Internet) qui devrait nous permettre de cartographier et d’interpréter le trafic Internet en France à partir des flux relatifs entre les régions. Si nous y parvenons, il s’agira là des premières cartes de flux Internet en France (au niveau mondial, seul Google permet de faire la même chose, mais ses données ne sont pas accessibles). Un même travail de cartographie sera tenté à partir des données échangées sur Twitter. Plusieurs pistes sont possibles en fonction des informations dont nous disposerons et que nous pourrons croiser : diffusion spatiale des buzz, approche thématique et géographique du contenu de l’information échangée à partir de mots-clés sélectionnés, spatialisation des réseaux sociaux créés.

Thème 2 : La déconnexion volontaire aux technologies de la communication

Ubiquité, immédiateté et permanence par-delà le principe de réalité de ce monde qui sépare, éloigne et isole : les technologies de la communication ont été des outils quasi magiques pour la génération qui les a découverts. Ce nouveau monde d’interconnexion généralisée n’a toutefois de sens que si les interlocuteurs, au bout du fil et des ondes, répondent : d’où l’injonction à rester de plus en plus connecté. Une connexion synonyme d’immédiateté, de sécurité, d’ouverture et d’évasion, mais aussi d’informations non désirées, d’appels intempestifs, de surcharge de travail, de confusion entre urgence et importance, de nouvelles addictions et de contrôles non autorisés, la sécurité des uns se faisant aux dépens de la surveillance des autres. C’est face à ces effets non désirés que de nouvelles conduites se sont développées ces toutes dernières années. Elles visent à ne pas se laisser déposséder de sa propre temporalité et de ses propres rythmes, elles réintroduisent l’épaisseur du temps de la maturation, de la réflexion et de la méditation là où le heurt de l’immédiat et de l’urgence oblige à réagir trop souvent sous le mode de l’impulsion. De même, face à la géolocalisation généralisée, elles cherchent à préserver la faculté d’être quelque part sans que ça se sache où bien d’y être pleinement sans être dérangé. L’idéal recherché est de parvenir à une maîtrise des flux télécommunicationnels, c’est-à-dire de pouvoir garder ses contacts et une ouverture suffisante sans pour cela en devenir l’esclave.
Francis Jauréguiberry a conçu et sera le coordinateur d’un projet ANR (DEVOTIC : la déconnexion volontaire aux technologies de l’information et de la communication) dont le financement vient d’être accepté (avril 2009). Ce projet réunit des chercheurs de quatre équipes françaises et une canadienne. La recherche portera sur les conduites de refus non pas des technologies elles-mêmes, mais de certaines de leurs utilisations, en particulier celles qui conduisent à des excès, au branchement continu et à de l’addiction et ainsi que celles qui visent à une surveillance, à une géolocalisation et à un contrôle à distance non désirés. Si les thèmes des non-usages et du refus technologique ont bien été étudiés, celui d’usagers très actifs des technologies de l’information et de la communication cherchant à maîtriser le flux informationnel dont ils sont l’objet par des conduites de déconnexions partielles et volontaires demeurent marginales. Il s’agira donc, en un premier temps, de systématiquement recenser ces conduites et de les évaluer afin, en un second temps, d’en dégager, au-delà de leurs diversités, les lignes de forces et les logiques. Le but de ce projet est en définitive de dégager une connaissance active des conduites visant à une meilleure maîtrise des flux de communication afin d’éviter les écueils auxquels pourraient conduire une connexion permanente incontrôlée.

ACTION 3 : IMAGINAIRES, ESPACES PUBLICS ET VALEURS PATRIMONIALES

Chercheurs principaux : I. Degrémont, C. Bouisset, D. Laplace, J.-Y. Puyo, V. Berdoulay, J.-B. Maudet, X. Arnauld de Sartre, T. Tran, N. Lompré, H. Saule-Sorbé

Doctorants : A. Pottier, H. Nguyen

Collaborations  nationales et internationales : INRA-Bordeaux ; CRPF (Centre régional de la Propriété forestière ; ONF ; Départements de géographie de l’UFRJ (Rio, Brésil), U. Barcelone, UAM et U. Carlos III (Madrid, Espagne) ; Commission Approche culturelle de la Géographie (UGI) ; Grupo de Trabajo del Pensamiento Geográfico (Asociación de Geógrafos españoles) ; Collège international du Voyage (Paris) ; CIRCEM (U. Ottawa) ; Faculté de Géographie de l’USSH (Ho Chi Minh Ville, Vietnam) ; Département de Géographie de l’U. Milan-Biccoca (Italie) ; UMR 6591 IDEMEC.

L’entrée dans une certaine forme de modernité a engendré une transformation de grande ampleur des milieux et des lieux. Pour la première fois, des objets et des lieux sont devenus obsolètes, ou du moins se sont vus grandement requalifiés dans leurs usages. Ce mouvement de pensée et d’actions s’est également accompagné d’un nouveau rapport à la vitesse et donc au temps. Face à ce phénomène, l’individu a adhéré, s’est adapté, et parfois, s’est opposé à certaines dimensions de la modernité. Il a ainsi développé des réflexions et tenté des réponses individuelles aboutissant à la crise de la modernité, ou tout du moins, à sa remise en cause partielle. Bon nombre d’individus se sont ainsi retrouvés dans des espaces-temps de « pause », permettant d’une certaine façon, de gérer le temps et la mémoire face à la rapidité des transformations imposées par la modernité. Ce « contre-courant » a une incidence sur l’espace. En effet, une des formes spatiales que prend cette réaction à la modernité est, sans conteste, l’engouement sociétal pour le patrimoine et son établissement dans des lieux idéalisés, creusets d’imaginaires et de symboles. Ce sont des lieux où l’individu peut suspendre le temps à son envie et se retourner sur lui-même. En effet, cette quête de sens des lieux s’accompagne d’un savoir-être au lieu. La construction d’une qualité patrimoniale du lieu permet finalement la négociation voire la complémentarité avec la modernité, source de tensions pour l’individu. L’intérêt de cet équilibre explique que le patrimoine est devenu un phénomène de société de grande ampleur repris jusqu’à « saturation » par les politiques publiques. Nous aborderons cette problématique par le biais de champs qui nous paraissent les plus pertinents car situés en amont et en aval du phénomène : à l’amont, le lent processus sociétal de patrimonialisation sur des lieux de plus en plus étendus ; à l’aval, le rôle des images dans la médiation entre processus de patrimonialisation par la société et sa prise en compte dans les politiques publiques.

Thème 1 : Processus de patrimonialisation d’espaces naturels : regards individuels, regards institutionnels

La place de plus en plus importante accordée aux patrimoines dans des sociétés en proie à l'uniformisation amène à retravailler les idées des rapports entre l’homme et son environnement ainsi que les pratiques associées. C’est pourquoi nous souhaitons comprendre le processus de patrimonialisation de certains lieux devenus symboliques, notamment dans leurs composantes « naturalistes » telles que la montagne ou la forêt, car ces derniers ont connu et/ou « subi » une patrimonialisation couvrant de très grandes étendues spatiales aboutissant à l'idée de patrimoine paysager voire de « territoire-patrimoine ». La mise en patrimoine a été fortement étudiée dans ses aspects architecturaux et urbains mais les espaces considérés comme « naturels » ont été surtout étudiés jusqu’à présent sous l’angle de la protection patrimoniale et institutionnelle et de la mise en valeur touristique. Le processus de construction patrimoniale dans le temps long et les discours qui le sous-tendent n’ont pas fait l’objet de tant d’attention.

Nous cherchons donc à comprendre ce phénomène et son évolution : pourquoi certains lieux sont-ils valorisés en continu ? Pourquoi d’autres émergent-ils ou disparaissent-ils des mémoires collectives ? De plus, ces questions de patrimonialisation sont sources de nouveaux enjeux culturels et économiques qui débouchent parfois sur des conflits d’usage mettant aux prises activités économiques, usages traditionnels et nouvelles formes de valorisation des lieux. On peut également s’interroger sur la concordance de valeurs entre ces différentes formes de patrimonialisation qui se traduit par des enjeux sociaux et spatiaux ambigus. Une subvention du CR Aquitaine a permis de lancer la recherche avec l’exemple de la forêt landaise (majoritairement privée) et de la montagne pyrénéenne.

Thème 2 : Espaces patrimonialisés, individus, politiques publiques : une médiation par l’image

Dans une perspective épistémologique, historique, artistique et culturelle, il s’agit de comprendre les contextes d'émergence dans lesquels se créent et se développent les images patrimoniales et donc les espaces patrimoniaux, afin d'en saisir les intentions, les enjeux, les fonctions et les argumentations. L'analyse des images permet alors une meilleure compréhension de phénomènes tels que l'imaginaire, la force symbolique, le stéréotype voire l'artifice, dans des actions d'aménagement et de développement territorial et ce, sur des temps longs. L’œuvre d’art et les images de vulgarisation (gravures, cartes postales, photographies) construisent notamment notre imaginaire des patrimoines, qu’ils soient sauvages, champêtres ou urbains, dont l’actualité et l’impact se retrouvent dans les attitudes des individus et dans les politiques publiques.

On cherchera à dépasser l’idée d’un imaginaire réduit à sa dimension purement idéelle pour le saisir aussi dans ses composantes spatiales et matérielles – telles qu’elles se déploient dans les iconographies, les paysages et l’aménagement des espaces. Certains espaces publics – que ce soit une place, un jardin, un ensemble de rues, une intersection, voire une vue sur la nature – concentrent notamment des significations et symbolisent la société qui en fait usage ou s’y réfère. Or c’est l’image qui exprime l’ensemble des relations entre espace, pratiques et significations, qui peut conférer unité et cohérence à la société qui s’y reconnaît. Comment donc l’image, en tant que partie d’une réalité concrète, institue-t-elle l’espace public ? Peut-elle à l’inverse le détruire ? En raison de la mise à distance que l’image induit vis-à-vis de la réalité, quelle est la portée de la réflexivité qu’elle introduit chez le sujet agissant ?

Les images impliquées dans les processus de patrimonialisation contribuent à éclairer les liens des sociétés aux lieux, entre valeurs universelles et contextes locaux. Dans le cadre d’un marché mondialisé et fortement concurrentiel, les AOC et autres labellisations sont une forme de reconnaissance et de valorisation du patrimoine, qui activent des imaginaires. Dans quelle mesure et comment, ces images, mobilisées dans la construction des lieux, prennent-elles en compte les imaginaires locaux ? Ceux-ci s’en trouvent-ils réactivés, voire enrichis ou au contraire réduits et appauvris? Jusqu’à quel point le sujet individuel y trouve-t-il la satisfaction de ses aspirations ? Celles-ci ne sont-elles pas davantage en résonnance avec les démarches de labellisation qui reposent moins sur une définition stricte du patrimoine du vivant que sur une insistance sur un mode de vie favorisant l’être au lieu ? Ainsi, parmi les formes de labellisation non officielles des territoires, la démarche de la centaine de villes appartenant au réseau « Città Slow » offre un champ propice à l’analyse d’une conception de la modernité et à la réflexivité des sociétés (recherche avec Marcella Schmidt de l’Université de Milan-Biccoca).

Le temps long est aussi celui de la mondialisation, trop souvent vue sous le prisme unique de son accélération récente liée aux mobilités physiques et médiatiques. La patrimonialisation s’inscrit également dans ce temps long des transformations culturelles. Cette problématique sera particulièrement étudiée à propos de phénomènes frontaliers (cf. ANR avec Aix-Marseille I sur contacts frontaliers entre les Etats-Unis et le Mexique) et des pratiques tauromachiques du sud-ouest européen et d’Amériques.

ACTION 4 : DÉVELOPPEMENT DURABLE, GOUVERNANCE ENVIRONNEMENTALE ET SUJET

Chercheurs principaux : X. Arnauld de Sartre, V. Berdoulay, J.-Y. Puyo, I. Degrémont, C. Bouisset

Doctorante : C. Cottereau.

Collaborations  nationales et internationales : Départements de géographie l’UFF et UFRJ (Rio, Brésil) ; NAEA et NEAF (U. Féd. Du Pará, Brésil) ; UMR Pacte (U.Grenoble)

L’attention portée au sujet permet de renouveler le regard sur les enjeux du développement durable et sur la gouvernance environnementale qui lui est liée. Trois champs de préoccupation peuvent aider à comprendre les tenants et les aboutissants d’un tel renouvellement.

Thème 1 : Le sujet et ses échelles

Les problématiques environnementales remettent en cause les approches territorialement hiérarchisées de la planification et suscitent une demande pour des politiques fondées sur des alliances inédites entre échelles. Or, les individus-sujets sont parfois invoqués comme responsables, dans la mesure où en créant leur propre rapport au monde ils peuvent être conduits à fusionner ou à sauter des échelles. Mais en même temps, ils sont profondément inscrits dans un milieu. Il y a là une ambiguïté profonde que nous voulons travailler à partir du cas exemplaire de la mise en place de politiques territoriales de développement durable en Amazonie : en même temps que le sujet déconstruit les échelles, il participe à leur reconstruction. Loin d’accepter la déconstruction de la notion d’échelle traditionnellement mise en évidence dans la littérature scientifique actuelle (notamment anglo-saxonne), nous essayerons de montrer selon quels processus ces échelles finissent par prendre une consistance et une existence qui n’est pas donnée a priori, mais qui est en processus de constante construction. Ce questionnement sera surtout appliqué au local, là où la capacité de création des échelles des sujets est particulièrement évidente. Le local, qui est souvent une création idéologique destinée à ancrer des politiques publiques, en particulier lorsqu’il est pris comme synonyme de territoire, prend aussi un sens particulier pour les sujets. C’est à ce niveau que, souvent indépendamment des politiques mises en place, des sujets fondent leur propre rapport au monde sur un rapport très étroit aux lieux de leur vie quotidienne. Des notions telles que celles de milieu, de lieu, de territoire, doivent donc être mises en dialogue avec celle d’échelle.

Thème 2 : Sujets et services écosystémiques

La notion de services écosystémiques est une création récente destinée à opérationnaliser le développement durable. Elle part de ce que la destruction de l’environnement n’a actuellement pas de coût, bien qu’elle fournisse des bénéfices : l’idée est alors de donner une valeur, sur le marché, à la nature, et de considérer que ceux qui préservent ou développent les services que les écosystèmes rendent à l’humanité doivent être rémunérés pour cette action. Si ce principe paraît cohérent par rapport à des logiques économiques ou politiques, il est toutefois important d’en questionner l’application en rapport avec le fonctionnement des écosystèmes et des sociétés. Fondée sur les résultats d’une recherche ANR, notre approche reposera ainsi sur trois types de questionnements : (1) le sens que peut bien prendre la notion de services écosystémiques pour des sujets et populations divers mérite d’être posée, notamment sa dimension utilitariste ; (2) l’individu-sujet n’étant pas séparable des différentes échelles qui le constituent, sa rémunération devrait tenir compte de celles-ci ; (3) si on considère qu’une pratique agricole est le fruit d’une histoire et s’insère dans un système famille-exploitation agricole, la rémunération d’un service environnemental peut souvent être celle d’un mode de vie … qui peut avoir par ailleurs des effets néfastes pour l’environnement. Ainsi, la globalité et la complexité de ce que sont les rapports du sujet au milieu doivent être considérées au moment d’opérationnaliser l’idée de rémunération des services écosystémiques.

Thème 3 : L’adaptation aux changements climatiques : genèse et enjeux de son approche aménagiste

L’injonction croissante en faveur de l’adaptation – et non plus seulement de l’atténuation – en ce qui concerne les changements climatiques se présente comme une évidence, une urgence et un moyen de mettre en cohérence des actions menées en faveur du développement durable et ressenties comme hétérogènes. Cette rhétorique commence depuis peu en France mais est déjà bien implantée dans des pays et organisations qui impulsent les politiques publiques internationalement. En rapport avec l’UMR Pacte et avec un financement ADEME, la recherche proposée a pour objectif d’effectuer un retour critique sur l’adaptation comme concept clé pour appréhender l’incertitude. Approches historique, théorique et de terrain (Brésil, Niger, Etats-Unis) seront mobilisées. L’hypothèse centrale est que la formulation des politiques territoriales faite au nom de l’adaptation ne peut pas être sans impact sur la concertation : son sens, ses modalités, sa portée. Révéler les implicites de l’adaptation doit permettre d’éviter que son utilisation ne serve à légitimer un retour à l’aménagement « moderne » au détriment de la concertation et doit contribuer à lui rendre son potentiel créatif. Par cette étude sur l’adaptation comme réponse à l’incertitude, nous cherchons à faire émerger des pratiques réflexives capables de s’inscrire dans un pilotage de l’action par les conséquences, et d’y saisir les conditions de concertation et d’implication des sujets qui les facilitent.